L’adaptation au changement climatique s’avère un défi complexe

Cette nation insulaire a un programme sur les changements climatiques, qui couvre les études précédentes sur les dangers et les risques.

Jorge Luis Baños - IPS

L'élévation du niveau de la mer augmentera l'infiltration saline

SURGIDERO DE BATABANO, 1 fév (IPS) – Toute personne qui vit dans ce village de pêcheurs sur la côte sud, à 70 kilomètres de la capitale cubaine, ne peut oublier les dégâts causés par les ouragans en 2008.

S’il faut des faits qui rappellent cela, les maisons détruites, l’érosion et une plage qui n’attire plus sont là bien visibles.

“La mer a inondé toute cette région. Elle a également entassé des montagnes de sable, si bien qu’ils étaient obligés de les enlever avec des camions. Ils disent que le cyclone de 1944 était similaire, et que des gens y étaient morts. Cette fois-ci personne n’a été tué, parce qu’ils ont évacué toute la population, comme d’habitude”, a expliqué Mario, un barman volubile dans ce petit complexe touristique, complètement vide pendant cet hiver.

Les plans d’urgence mis en place avant la saison des ouragans, qui dure de juin à novembre chaque année, permettent d’éviter des pertes en vies humaines ou de les réduire à un minimum. Cependant, ils ne sont pas si efficaces contre les dégâts économiques.

Les ouragans Gustav, Ike et Paloma qui se sont abattus sur cette île des Caraïbes pendant trois mois en 2008, ont causé des dégâts estimés officiellement à 10 milliards de dollars.

Alors, il ne fait aucun doute que, bien que la prévention soit une bonne chose, il n’en soit pas de même pour l’adaptation aux conséquences des changements climatiques, dont l’augmentation du niveau de la mer figure parmi les plus redoutables. Pourtant, c’est un risque que les familles vivant sur le littoral ne mesurent pas toujours.

“Oui, oui, nous savons que nous sommes proches de l’océan, mais le niveau de l’eau n’est pas trop élevé ici. Par ailleurs, nous construisons notre nouvelle maison sur un terrain plus élevé”, a déclaré une femme qui compte sur ses propres ressources pour bâtir sa nouvelle maison. “Mon fils reçoit des envois de fonds de son père, et il m’aide dans les travaux de construction que nous faisons petit à petit, comme nous le pouvons”, a-t-elle souligné.

Des études menées par des scientifiques cubains sur la vulnérabilité des écosystèmes côtiers dans la région des Caraïbes, indiquent que le niveau de la mer augmentera de 27 à 85 centimètres entre 2050 et 2100, une perspective présentant de grandes implications géographiques, démographiques et économiques pour des Etats insulaires.

Les estimations officielles indiquent que 2,32 pour cent du territoire cubain peut être en permanence sous l’eau d’ici à 2050. Si les mesures d’adaptation nécessaires ne sont pas prises, jusqu’à 79 habitations côtières seront touchées et 15 disparaîtront complètement.

Les écosystèmes côtiers occupent cinq pour cent de la superficie totale de cette île, qui a 588 km de plages. Environ 250 km de côtes sont urbanisés, et 1,4 million de personnes vivent dans 244 habitations, dont 63 urbaines et 181 rurales.

“Avant tout, les gens doivent savoir pourquoi et quelle adaptation est nécessaire”, a expliqué à IPS, Gisela Alonso, directrice de l’Agence gouvernementale de l’environnement. “Nous entreprenons des études climatiques à Cuba, et nous avons nos propres évaluations et nos propres modèles pour prédire les niveaux d’impact auxquels nous devons faire face”.

Elle a dit que les ressources financières, la connaissance, la technologie et une infrastructure nationale de ressources tant matérielles qu’humaines sont nécessaires pour combattre les problèmes qui ne sont principalement pas du fait des pays en développement. “Comment peuvent-ils prendre en charge l’adaptation aux changements climatiques, alors qu’ils manquent d’éducation, de la santé et de la sécurité nutritionnelle?”, a-t-elle demandé.

Une étude réalisée dans huit nations insulaires des Caraïbes, publiée en 2010 par le ‘Caribbean Catastrophe Risk Insurance Facility’ (Mécanisme d’assurance contre les risques de catastrophes dans les Caraïbes – CCRIF), indiquait que ces pays pourraient perdre jusqu’à neuf pour cent du produit intérieur brut annuel en raison des tempêtes et inondations, qui émaneraient des changements climatiques.

Cuba connaît “avant tout, la fréquence et l’intensité accrues des événements météorologiques extrêmes, liés en particulier à la circulation de l’eau dans l’atmosphère, sur la terre et sous le sol, y compris non seulement les ouragans tropicaux, mais aussi la sécheresse, de graves inondations, des températures plus élevées et – pour nous en tant qu’archipel, l’un des plus grands dangers – la montée du niveau de la mer”, a souligné Alonso.

Cependant, cette experte a expliqué que Cuba a “un certain avantage” parce qu’il a développé son potentiel scientifique, avec le résultat que depuis plusieurs années, il a pu évaluer et offrir des alternatives aux mesures sociales “parmi lesquelles les problèmes de santé sont essentiels”, et aux problèmes économiques et environnementaux.

Selon Alonso, cette nation insulaire a un programme sur les changements climatiques, qui couvre les études précédentes sur les dangers, la vulnérabilité et les risques, y compris les impacts possibles dus à la montée du niveau de la mer, ainsi que les mesures qui devraient être prises par chaque secteur.

Les plans, qui ne sont pas encore publiés, comprennent des mesures d’utilisation des terres qui définissent la distance à laquelle les investissements touristiques et les nouvelles zones urbaines devraient se situer de la côte; et la replantation et la restauration des forêts de mangrove qui, ensemble avec les récifs coralliens, sont d’importantes barrières naturelles qui protègent le littoral. Sur le front agricole, il y aura une surveillance rigoureuse de l’eau utilisée pour l’irrigation.

“L’île de Cuba repose sur une couche de karst (une roche dissoute par l’eau souterraine, formant des grottes interconnectées), et l’élévation du niveau de la mer augmentera l’infiltration saline. L’eau contaminée par l’eau de mer accroîtra la salinité du sol, nuisant à la production agricole”, a expliqué Alonso.

Sur le plan éducatif et social, a déclaré Alonso, la communauté doit savoir ce qui l’attend, parce que les changements climatiques, ajoutés à la dégradation des sols, à la pollution de l’eau, à la pénurie d’eau pour la consommation humaine et d’autres problèmes environnementaux, créent un scénario global complexe. (FIN/2012)

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