Le changement climatique aggrave la pénurie d’eau dans le pays

Selon les rapports publiés par le National Institute of Water Ressources (INRH), la capacité de Cuba est passée de 48 millions de mètres cubes d’eau contenue dans 13 réservoirs en 1959 à près de neuf milliards de mètres cubes aujourd’hui.

Archivo IPS Cuba

Le programme du gouvernement pour la «mise à jour» du modèle économique prévoit en priorité un programme de réhabilitation des réseaux de distribution du pays

SANTIAGO DE CUBA , 28 mars (IPS) – A Santiago, à l’est de l’île, Danny Dip Leyva a pu utiliser sa douche après des dizaines d’années passées à transporter l’eau dans des seaux jusque chez lui. Mais à Aurora, un petit quartier à la périphérie de La Havane, Manuel Roque rêve toujours d’un approvisionnement constant en eau courante.

A près de 900 kilomètres l’une de l’autre, les villes de La Havane et de Santiago de Cuba sont les deux plus grandes de l’île. Toutes deux dépendent principalement de l’eau de pluie, l’approvisionnement est donc notamment influencé par le changement climatique. Les deux villes reflètent l’étendue de la pénurie d’eau dans le pays et les efforts du gouvernement pour résoudre ce problème.

Les experts ont affirmé que les catastrophes naturelles les plus dévastatrices à Cuba sont liées aux événements hydrométéorologiques, notamment à la sécheresse et aux ouragans, eux-mêmes aggravés par le changement climatique.

La pire vague de sécheresse ces dernières années, en 2004 et 2005, a débuté à l’est de Cuba pour finalement affecter tout le pays, entrainant des pertes d’environ trois milliards de dollars. A Cuba, la saison sèche s’étend de novembre à avril et 80% des précipitations annuelles ont lieu de mai à octobre. En février 2012, les 240 réservoirs de l’île contenaient près de 5,6 millions de mètres cubes (m³) d’eau, soit 56,5% de leur capacité totale.

Bien que la situation ne soit pas aussi critique qu’elle ne l’était en 2005, les experts ont souligné avec inquiétude que le niveau de 82% des réservoirs atteint moins de 50% de la capacité totale, que 39% d’entre eux n’atteignent que 25% de leur capacité, tandis que 10% sont complètement vides. La Havane, avec des réserves d’à peine 19% de la capacité totale, est l’une des villes où la pénurie d’eau est la plus sévère.

L’archipel cubain, long et étroit, ne dispose pas de source naturelle d’eau, l’eau de pluie est donc la principale ressource. Les réservoirs du pays sont une des mesures adoptées par le gouvernement depuis les années 1960 afin de fournir de l’eau pendant la saison sèche.

Selon les rapports publiés par le National Institute of Water Ressources (INRH), la capacité de Cuba est passée de 48 millions de mètres cubes d’eau contenue dans 13 réservoirs en 1959 à près de neuf milliards de mètres cubes aujourd’hui. En plus de ces réserves d’eau en surface, le pays dispose de trois milliards de mètres cubes d’eau en réserves souterraines.

Ces dernières années, le gouvernement cubain a relancé les programmes qui avaient été interrompus par la forte crise économique des années 1990, espérant trouver une solution à long terme à la pénurie d’eau. Pour se faire, des travaux d’ingénierie seront réalisés à l’est et dans le centre de l’île afin de transférer l’eau des régions montagneuses pluvieuses aux régions plus sèches.

Le programme comprend la construction de réservoirs, de canaux et de pipelines ainsi que 80 kilomètres de tunnels dans la montagne. Une fois les travaux achevés, au moins neuf des quinze provinces du pays bénéficieront du réseau de distribution. Ces infrastructures sont essentielles dans la région est de l’île étant donné que les réserves d’eau des nappes phréatiques sont très limitées.

«Ce sont des adaptations à grande échelle et d’un coût très élevé. Il est également nécessaire que la population accepte le fait qu’elle subira encore des vagues de sécheresse et qu’elle doit s’y préparer et trouver des solutions. Il faut notamment mettre des récipients de côté pour stocker l’eau et, si nécessaire, entreposer du fourrage pour les animaux», a expliqué à l’agence IPS Carlos Rodríguez, expert en aménagement du territoire et en environnement.

Bien qu’il ait noté que Santiago et d’autres parties de l’est de Cuba sont les plus touchées par la sécheresse, il a déclaré que des pénuries sont aussi à déplorer dans des villes occidentales telles que La Havane et Pinard el Río, à 160km de la capitale.

Santiago, ville d’environ 500.000 habitants, dispose de six réservoirs. Cependant, son approvisionnement en eau a été inadapté pendant des dizaines d’années, et des générations entières ont grandi en transportant l’eau dans des seaux jusqu’à leur maison. «L’eau courante était disponible tous les six à 30 jours», a affirmé aux reporters Gerardo Linares, employé du INRH.

La population augmente et les sources d’eau sont de plus en plus insuffisantes. En outre, les canalisations d’eau sont obsolètes, ce qui représente un véritable obstacle à l’approvisionnement en eau courante. Cependant, les habitants de Santiago bénéficient cette année d’un nouvel aqueduc ainsi qu’une nouvelle station d’épuration.

«Nos conditions de vie se sont considérablement améliorées. Nous avons de l’eau du robinet presque tous les jours. Auparavant, l’eau n’aurait coulé que tous les 15 ou même tous les 20 jours et prendre une douche était un luxe», a confié à l’agence IPS Dip Leiva qui vit dans le district José Martí de Santiago (construit dans les années 1960).

A La Havane, la distribution d’eau est irrégulière: dans certains quartiers l’eau est toujours disponible alors que dans d’autres, comme celui de Roque, il n’y a de l’eau que très tôt le matin. «Nos citernes d’eau ne sont jamais remplies sur tout le trajet et nous attendons parfois de l’eau qui n’arrive jamais», a déclaré Roque à l’agence IPS.

Selon les chiffres officiels, 10,7 millions des 11,2 millions de Cubains ont accès à l’eau potable. 8,4 millions de personnes sont approvisionnées en eau alors que 1,7 millions ont l’eau courante à moins de 200 mètres de leur maison. Environ 600.000 personnes reçoivent de l’eau des camions citernes, connus ici sous le nom de «pipas».

«Nous avons 2,411 villages qui reçoivent de l’eau par les 22.326 kilomètres de canalisations», distance qui équivaut à 14 fois la circonférence de l’île, a déclaré lors d’une émission télévisée à la fin de 2011 un des responsables du INRH, Caridad Díaz.

Cependant, la sécheresse et l’état déplorable du réseau de canalisations à La Havane (2,2 millions d’habitants) entravent une distribution stable. Les autorités en charge de l’eau ont reconnu qu’environ la moitié de l’eau pompée dans le pays n’arrive pas à destination à cause de fuites dans les canalisations.

Le programme du gouvernement pour la «mise à jour» du modèle économique prévoit en priorité un programme de réhabilitation des réseaux de distribution du pays, incluant la vente de des équipements nécessaires à la population. Le programme comprend également la réglementation obligatoire de compteurs de consommation ainsi que la mise en place de taux de consommation, tant dans le secteur privé que dans le secteur public. (FIN/2012)

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