Vulnérabilités économiques et climatiques convergent

D’ici à 2050, Cuba – qui en 2008 a enregistré des pertes estimées à 10 milliards de dollars du fait de trois ouragans – pourrait perdre 2,32 pour cent de son territoire à la montée des niveaux de la mer.

Jorge Luis Baños - IPS

Bárcena a dit que l'agence des Nations Unies qu’elle dirige appuie la création de la CELAC en tant qu’espace de coopération, et non de discussion seulement

LA HAVANE, 13 fév (IPS) – Les îles caraïbes sont doublement exposées par la convergence des économies faibles fortement dépendantes des importations étrangères et d’une plus grande vulnérabilité aux changements climatiques, selon la directrice exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), Alicia Bárcena.

La région est également très endettée – en particulier les îles anglophones – et est confrontée à de grandes difficultés à se remettre des effets de la crise économique aux Etats-Unis et en Europe, d’où elle reçoit une grande partie de ses recettes dans des secteurs tels que le tourisme et les services, selon cette responsable de la CEPALC.

Bárcena, une biologiste mexicaine, est arrivée à Cuba le 6 février lors d’une visite de trois jours pour rencontrer les autorités locales et échanger des points de vue sur plusieurs questions, y compris les progrès de la Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes (CELAC), un nouveau bloc continental de 33 nations créé en décembre 2011, qu’elle voit comme “une énorme occasion” pour l’intégration régionale.

“Nous avons une relation très dynamique et nous travaillons en étroite collaboration” avec le Bureau des statistiques et données nationales pour obtenir des mesures économiques et sociales, a déclaré Bárcena. “Nous sommes très intéressés par le recensement (de la population et de l’habitat)” que Cuba envisage de réaliser dans la deuxième moitié de cette année, a-t-elle ajouté.

En réponse à une question de IPS lors d’une conférence de presse tenue durant sa visite, Bárcena a indiqué que les petites îles caraïbes sont vulnérables aux catastrophes naturelles provoquées par les ouragans et les inondations.

“C’est sans doute l’une des régions les plus vulnérables aux changements climatiques” et spécialement à la montée du niveau de la mer, a-t-elle dit.

Toutefois, elle a noté que l’impact varie au sein de la région, avec certaines zones plus touchées que d’autres, et que cela doit être évalué.

“Nous sommes en train d’identifier (ces différences) et de nous concentrer sur les mesures de prévention, pour nous préparer à l’impact. Il est important pour la région de se préparer”, a-t-elle ajouté.

A son avis, Cuba a “une grande avance” dans ce domaine, “avec un système météorologique très avancé et sophistiqué, qui peut même être partagé avec le reste de la région”.

Fréquemment frappée par des ouragans, cette nation insulaire des Caraïbes dispose d’un plan global de prévention pour protéger à la fois les vies humaines et les biens matériels en cas de catastrophes naturelles.

La Havane a récemment développé un programme d’adaptation aux changements climatiques, qui couvre des études de dangers préalables, de vulnérabilité et de risque, y compris l’évaluation des éventuels impacts dus à la montée du niveau de la mer, et l’adoption de toutes les mesures sectorielles nécessaires.

Des rapports publiés par le Programme des Nations Unies pour l’environnement projettent que trois pour cent des forêts de mangrove de Cuba peuvent être perdues avec une montée d’un mètre du niveau de la mer, et qu’une augmentation de 50 centimètres du niveau de la mer pourrait conduire à de graves inondations dans plus de 60 pour cent des plages dans certaines parties de la Grenade. Ils prévoient également une augmentation de l’incidence de maladies vectorielles ou d’origine hydrique.

D’ici à 2050, Cuba – qui en 2008 a enregistré des pertes estimées à 10 milliards de dollars du fait de trois ouragans – pourrait perdre 2,32 pour cent de son territoire à la montée des niveaux de la mer. Des mesures d’adaptation dans au moins 79 installations balnéaires sont donc nécessaires pour minimiser l’impact de ce phénomène.

Une étude réalisée en 2009 par la CEPALC a montré que l’Amérique latine et les Caraïbes constituent l’une des régions les plus touchées dans le monde par les changements climatiques. Cela est dû à plusieurs facteurs, notamment le fait qu’elle est située en dessous de la ceinture des ouragans et comprend plusieurs nations insulaires et zones côtières basses, dépend de la fonte des neiges des Andes pour l’approvisionnement en eau des zones urbaines et agricoles, et elle est exposée aux inondations et aux incendies de forêts.

Ce rapport de 2009, intitulé “Les changements climatiques et le développement en Amérique latine et dans les Caraïbes”, a encouragé les gouvernements à tourner leur attention sur l’adaptation aux changements climatiques, puisque “la plupart des mesures” avaient été jusque-là “spontanées ou de nature réactive” et “se focalisaient sur la maîtrise des catastrophes naturelles et les efforts de récupération ultérieurs”.

Ainsi, le rapport de la CEPALC a estimé qu’une approche d’adaptation “implique l’absorption des pertes attendues dans le secteur primaire et dans les recettes publiques et la prévision des dépenses que le secteur public aura à faire pour aborder les conséquences négatives directes et potentiellement concomitantes des changements climatiques, telles que les sécheresses, les inondations, les épidémies, les vagues de chaleur et les dommages aux infrastructures”.

Au niveau régional, Bárcena a dit que l’agence des Nations Unies qu’elle dirige appuie la création de la CELAC en tant qu’espace de coopération, et non de discussion seulement.

“Nous sommes fermement derrière le système de la CELAC… Nous voulons qu’il soit un processus réussi”, a-t-elle affirmé, indiquant que le Chili occupe actuellement la présidence par intérim de l’organisme, et à qui succèdera Cuba, un membre, avec le Venezuela et le Chili, de la troïka qui dirige ce nouveau bloc américain, dont seuls les Etats-Unis et le Canada ne sont pas membres. (FIN/2012)

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