Attention à la précipitation, préviennent des constituants

Les constituants déplorent l’absence de débats nationaux et médiatiques et l’absence de motifs clairement présentés pour cet amendement.

Ariel Arias

Port-au-Prince

Par Ralph Henry

P-au-P, 6 mai 2011 [AlterPresse] — Des constituants ayant participé à l’élaboration de la constitution haïtienne de 1987, s’opposent à tout amendement constitutionnel précipité et joignent leurs voix à celles des secteurs qui appellent à la prudence.

« C’est quelque chose qui se fait à la va-vite », déplore le docteur Georges Greffin, constituant et professeur de droit constitutionnel à la Faculté de droit de Jacmel (Sud-est).

Rejoint par téléphone à Jacmel par AlterPresse, le constituant précise qu’il n’a rien contre un éventuel amendement de la loi-mère, mais estime que cela ne doit pas se faire de n’importe quelle manière.

« Je pense qu’il faut faire attention », met en garde Georges Greffin.

Pour sa part, le constituant Georges Michel déclare à AlterPresse qu’« Il faut tout arrêté ». Selon lui, dans les conditions où s’effectue cette opération, ce sera un « faux amendement ».

« C’est un amendement qui doit être ‘cochon’ c’est-à-dire nul », dit-il en faisant référence à une partie de jeu de Dame. « C’est une cuillère de poison que (le président sortant René) Préval veut faire avaler au peuple haïtien », soutient Michel.

Toute constitution sujette à un amendement devrait « être diagnostiquée en vue de voir ce qui va et ce qui ne va pas », souligne Michel qui conjecture que « l’histoire va juger tous ces parlementaires qui s’apprêtent à voter l’amendement ».

Par ailleurs, les constituants interrogés par AlterPresse déplorent l’absence de débats nationaux (populaires) et médiatiques et l’absence de motifs clairement présentés pour cet amendement.

Par ailleurs, pour Greffin, il s’agit d’un manque de respect au peuple et à la constitution, le fait que la démarche d’amendement n’a pas été entreprise dans les deux langues officielles du pays (le créole et le français) reconnues par la constitution toujours en vigueur.

Une position que partagent plusieurs autres secteurs de la vie nationale.

La 49e législature n’a eu que 48 heures pour produire de nouvelles réflexions en vue de déterminer s’il y a lieu, après analyse de plusieurs documents, de voter pour ou contre la déclaration d’amendement de la Constitution, objet de vives discussions entre plusieurs secteurs du pays.

Les deux branches du Parlement ont créé, mercredi 4 mai, une commission bicamérale de « réforme constitutionnelle » avec pour mandat de produire des réflexions « en urgence » sur le processus d’amendement en cours.

Cette commission composée de six sénateurs, neuf députés, et présidée par le sénateur François Anick Joseph (Alternative/Artibonite) a jusqu’à ce vendredi pour remettre son rapport final à l’Assemblée nationale.

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