Haiti-Éducation : Une école publique à l’agonie

L’établissement dispose de trois instituteurs seulement, parmi eux le directeur, pour les six salles de classe et 350 élèves.

Doron - Wikimedia Commons

Jacmel

Correspondance – Pierre-Paul Ancion

Jacmel, 05 juil. 2011 [AlterPresse] — L’Ecole Nationale de Tavette (ENT) est dépourvue de tout ce qui est nécessaire dans une école, indique celui qui la dirige depuis 4 ans, Ramnès Jean Louis.

« La direction ne dispose pas de crayons en quantité suffisante pour distribuer aux élèves, et les parents, eux, refusent d’en acheter pour leurs enfants, donc nous sommes obligés d’accepter cette technique », explique t-il.

Pourtant il s’agit de l’unique école publique pour tout Bas Coq Chante, une section communale située au nord-est de Jacmel (Sud-Est). La localité compte treize mille habitants environ, répartis sur vingt sept habitations dont Tavette.
Abritée sous quatre tentes usées par le temps, cette école que la population appelle « Lekyèl » par ironie, compte trois cent cinquante élèves, selon son directeur. Et plusieurs parmi les écoliers sont pieds nus.

Deux des six salles de classe sont hébergées sous des manguiers dans la cour, dans le voisinage immédiat d’un troupeau de mulets et de chevaux broutant l’herbe. Dans la classe de première année, des enfants de cinq ans sont assis aux cotés de camarades qui en ont quinze.

L’établissement dispose de trois instituteurs seulement, parmi eux le directeur, pour les six salles de classe et 350 élèves. La crise de ressources humaines est telle que le directeur a demandé au chauffeur de taxi moto accompagnant un journaliste, de lui donner un coup de main dans la surveillance des élèves.

« Le marché public de cette zone fonctionne tous les mardis, jeudis et vendredis. La plupart de nos élèves préfèrent s’y rendre, au lieu de venir à l’école, parce que selon leurs explications le marché est plus près de chez eux et ils sont sûrs de faire un peu d’argent là bas », signale le directeur Jean Louis.

« Je dois vous dire que certains élèves marchent pendant trois heures, et traversent la grande rivière de Jacmel et la rivière Coteau à deux ou trois reprises pour venir à l’école », ajoute t-il.

Révélations confirmées par le professeur des classes de troisième et quatrième année, Jude Pétiote, qui affirme, pour sa part, qu’il marche tous les jours une heure et demie avant d’arriver à l’ENT. Le directeur Jean Louis, qui habite Jacmel, fait une heure de route à moto.

Les élèves de l’ENT ne versent pas les cent gourdes de contribution scolaire annuelle fixée par l’Etat ni les cinq gourdes par semaine réclamées par la direction pour faire fonctionner la cantine. Le directeur indique que pour s’approvisionner en craie, et en épices pour la cuisine, il dépense son argent personnel.

La direction de l’école est logée dans un taudis en planches couvert de tôles usées. Elle n’a ni buffet ni chaise, uniquement une table de fortune. Le directeur pour écrire s’assied sur un tas de bois. Seules les latrines et la fontaine sont en béton. Auparavant, ceux qui fréquentaient l’espace déféquaient à l’air libre.

« Dix de ces bancs que nous avons ici sont des cadeaux de la direction départementale de l’éducation dans le sud-est. Le sénateur Wencesclass Lambert, m’a offert quatre tableaux et l’institution Plan éducation, elle, vient de m’envoyer huit tables et huit chaises », rapporte le directeur Ramnès Jean Louis.

Jean Louis n’envisage cependant pas de démarrer la nouvelle année académique avec ces difficultés. Il demande à l’Etat haitien de nommer à l’Ecole Nationale de Tavette quatre nouveaux professeurs. Il reste tout de même perplexe quant à la perspective d’une école de qualité en Haïti.

Le président Michel Martelly a lancé il y a un peu plus d’un mois le Fonds National pour l’Education, censé permettre à davantage d’enfants d’aller à l’école. La qualité de l’enseignement est toutefois très peu mise en avant dans ses discours. [ppa kft gp apr 05/07/2011 00:30]

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